Au
Pays de Cocagne…
Chacun
sait que le « Pays de Cocagne » est un lieu
imaginaire et idyllique dans lequel on mène une vie de plaisir
et d'abondance qu’immortalisera Pieter
Bruegel l'Ancien
en 1567
dans un célèbre tableau.

Tableau de Bruegel - Le Pays de Cocagne
Dans
les pays du nord, la cocagne est une friandise que l'on attrape au
sommet d’un mât lors des foires, et elle désigne la
chance dans les régions méridionales. Pourtant,
l’origine de l’expression est française et issue de la
région de Toulouse et du Lauragais.
La
cocanha
était au Moyen Age, une boule de feuilles séchées
de pastel, qui se vendait à prix d'or dans tout le monde
civilisé, et qui servait de base tinctoriale pour la
coloration des tissus. C'était à l'époque l’une
des seules teintures durables, et elle a fait l'immense fortune de
cette région à la Renaissance.
Cette
richesse se retrouve tant le plan architectural que musical comme en
témoigne encore le magnifique buffet Renaissance du grand
orgue de la cathédrale de Lavaur attribué à
l’architecte Bachelier qui embellira Toulouse d’hôtels
particuliers remarquables.
Riche
de plus de 50 orgues, le département du Tarn offre une
exceptionnelle diversité de facture.
Benoit Tisserand,
président de la Fédération des orgues du Tarn,
s’est donné comme objectif de les faire découvrir à
un large public de manière originale par des transcriptions et
arrangements d’œuvres d’orgue avec orchestre. C’est pourquoi
il créé en
novembre 2006 l’Ensemble instrumental du Pays de Cocagne
formé de musiciens professionnels de la région
Midi-Pyrénées. Ils interprètent sur instruments
modernes et sans chef d’orchestre un vaste répertoire qui
s’étend de la musique baroque aux contemporains.
A
l’exemple
des Chapelles Musicales, l’ensemble s’est fait le porte-parole de
la musique concertante et sacrée. L’ensemble travaille en
collaboration avec des chœurs de la région Midi-Pyrénées
(chorales A chœur Joie, chœur Unité dirigé par
Christian Nadalet) et des solistes comme la soprano Isabelle
Germain.
L’ensemble
s’est déjà produit à Toulouse
pour l’Académie des Sciences et des Arts du Pastel, et dans
la plupart des villes du Tarn. Il a obtenu l’Aide à la
Diffusion de la Région Midi-Pyrénées et a
bénéficié du soutien des Mécènes
du Pays de Cocagne, des Mécènes de l’Albigeois et de
l’entreprise Weishardt.

Grand
Orgue de la Cathédrale de Lavaur
L’orgue :
le premier orchestre
Au
Moyen Age les grandes orgues de cathédrale étaient
composées d’un unique jeu appelé
« Blockwerk ».
On
peut y voir l’origine du premier orchestre puisque ce tutti
était composé d’harmoniques choisies reposant sur
leur fondamentale. Pour éviter que l’harmonisation ne grimpe
trop dans les rangs aigus des tuyaux et ne devienne agressive, on eut
l’idée de compenser cette acidité en rajoutant des
harmoniques graves (octaves et quintes) dans l’aigu et des
harmoniques élevées (octaves et quintes) dans le
grave : c’est à partir de jeux de 4 pieds ayant une
tessiture moyenne que ces renversements harmoniques ont créé
une consistance sonore (il ne faut pas oublier que c’est toujours
à partir du prestant de 4 pieds que l’on accorde un orgue et
que cette tessiture correspond dans l’orchestre moderne à
celle de l’alto). Alors, d’une seule voix purent naître une
multiplicité de voix parallèles à la quinte ou à
l’octave qui n’étaient pas écrites sur la partition
mais qui par le choix de la registration appelée « Plein-Jeu
ou Plenum »
donnaient tout son éclat et sa puissance à l’instrument
(les trompettes et autres jeux n’ajoutent pas de la puissance comme
on pourrait le croire mais seulement de la couleur).
Je
pense que ce
« mélange » est à l’origine du
choix du nombre et de la tessiture des instruments des premiers
orchestres. Une preuve supplémentaire du lien entre l’orgue
et l’orchestre se voit dans l’usage des basses. En effet,
l’orchestre français classique repose sur une fondamentale
correspondant au violoncelle comme c’est le cas dans l’orgue
français de la même époque avec une basse de 8
pieds à la pédale. La contrebasse (correspondant au 16
pieds de l’orgue) était rarement utilisée puisque en
1750 l’Opéra n’en avait qu’une seule qui ne jouait que
les jours de gala. En revanche, les orchestres allemands comportaient
des contrebasses au même titre que les orgues avec
des fondamentales en 16 pieds à la pédale sur
lesquelles reposait l’ensemble harmonique.